Bienvenue sur Alexagère

Opinions tranchées, points de vue partiaux, caricatures iconoclastes, analyses simplistes, expressions à l'emporte-pièce, conclusions hâtives...
Des avis sur tout mais surtout des avis. Taquin mais pas moqueur, écorché mais pas donneur de leçon, provocateur... De rires je l'espère.
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vendredi 30 août 2013

Laurence, Paul et Mick

La lecture d’un article dans mon tabloïd préféré m’a bien fait rire. On y apprend que Laurence P., de Paris, va devenir polémiste dans une célèbre station de radio. Polémiste… Ah, le joli mot !… C’est quoi au juste un(e) polémiste ? Un(e) journaliste qui écrit des polèmes ? L'enfant de Ptolémée et d'un ébéniste, mais sans la science des deux ? A en croire les exemples récents, c’est plutôt un individu agressif ayant un QI d'escargot et payé pour baver des injures au kilomètre sur quelqu’un qui ne lui a rien demandé. C’est sympa comme boulot, ça. Polémiste, ce n’est même pas un néologisme, c'est encore un de ces mots à la con parce qu'à la mode. Cela existe depuis bien longtemps, mais le pamphlet d'autrefois laisse place à des guillonneries, la vindicte populaire sous-traite à la vindicte délétère. Désormais il/elle ressemble plus à un Terminator qu’à quelqu’un qui utilise la provocation pour nous faire réfléchir. Las ! Réfléchir, c'est désobéir, exercice de tir, tout(e) invité(e) s'appelle Sarah Connor et se pointe affublé d'un tilak. L'arrivée de Laurence illustre la mutation du T101 au T1000 en alliage poli, mime-éthique.

Peut-être que des décennies d’obséquiosité courtisane à l’égard des puissants font culpabiliser l’engeance journalistique au point qu’elle se sent obligée, pour faire mine de se rattraper, de sombrer dans l’excès inverse.
Bousculer, c’est bien. Vous voyez messieurs-dames, chez nous y'a pas de connivence.
Ben voyons.
Jeter du people en pâture au populo, c’est top pour le 'dimat. C’est un exutoire, un jeu comme un autre, de l’entertainment en somme. Ça ou un match de foot. Allez Invité, reviens, c’était pour rire !

Ou bien peut-être que vingt ans de politiquement correct nous ont tellement anesthésiés que la moindre objection, votre honneur, nous apparaît comme la controverse du siècle. Je me souviens de Droit de réponse et de ses célèbres pugilats en direct. Polémique à l'époque s'écrivait avec deux cocards. Mais alors me direz-vous, c'est contradictoire : c'était plus virulent avant et aujourd'hui tu critiques le retour de la virulence ?
Non.
Avant, c'était virulent mais franc du collier. Aujourd'hui, à l'instar de ce qu'on bouffe, c'est beaucoup plus visqueux, les toreros et toreras audio-visuels ont une vésicule biliaire en guise de muleta.

Peut-être encore fallait-il renouveler le genre chroniqueur d’émission de télé/radio (les deux genres ont fusionné depuis l'installation de webcams dans les studios de radio). A force de pulluler, ils finissent en déchets. Alors au nom de son côté miroir (mais quel côté ?), la télé commande de nouvelles têtes. Pour un bon casting, vous prenez une posture bien arrogante, bien teigneuse, et vous faites votre Brice de Nice, mais en pas drôle. Dans le Naulleau, y’a que de l’ego, zéro calorie pour le cerveau !

La différence entre la bande à Laurence et ceux d’avant, c’est que les newbies sont issus du sérail politique. Cohn-Bendit, Bachelot, Bougrab… C'est Friends 2.0. Mitterrand c’est pas pareil, il vient de la télé et il est puni, il y retourne.
Est-ce pour garantir et consolider cette complicité viscérale, ou au contraire la faire exploser par des agents infiltrés dans la matrice ? Sainte consanguinité, priez pour nous. Accordons-leur toutefois deux qualités. D'abord, avant de devenir corbeaux, ils ont été renards. Ensuite, on sait ex ante de quel bord ils sont. Ce sera rigolo de voir s'il tiennent en équilibre sur un plateau.

jeudi 29 août 2013

Dessablé mucho


Si le mois d'août à Paris ensable autant les engrenages de la machine urbaine que les berges de la Seine, cette dernière semaine a une saveur particulière. A vrai dire, c'est elle, la semaine qui concentre tous les fantasmes que j'avais éconduits tel un automobiliste frustré d'être privé de récré. Une poignée de jours, presque d'heures, où les parisiens ne sont pas encore tous rentrés, où les touristes ne sont pas encore tous partis, où les travaux commencent à finir et où, loin de la vilaine torpeur du début du mois, il fait beau mais juste assez pour accompagner le crépuscule de la gratuité du stationnement. D'où le théorème : quand les congés sont payés, les places sont gratuites. C'est une douce pré-rentrée, une belle sortie de bain où l'on profite vraiment des bénéfices aoûtiens en respirant le parfum du goudron neuf.

Il ne le restera pas longtemps. Dès la semaine prochaine, nous pourrons dire en chœur cette phrase culte : "ça y est, ils sont tous rentrés". Ce ils tonne dans la chambre que nous croyons avoir construite autour de nous quand nous sommes au milieu d'une foule dense dont, par magie, nous ne faisons pas partie car nous, c'est pas pareil. La grégaritude nous enveloppe et cet ils-lusoire et frêle anticorps linguistique joue son rôle en boutant notre ennemi, c'est-à-dire le type dans la voiture de gauche et celui dans la voiture de droite, autrement dit le stéréo-type.

Du ils aux elles, sans passer par -M-, il n'y a qu'un atoll, elles sont si habiles pour alléger leurs étoles. C'est la semaine du concours de bronzage, à se demander si les cinquante et une semaines qui précèdent et les cinquante et une qui suivent ne sont pas qu'un exercice de répétition pour cette îlot de beaux jours où leurs atours s'effacent (les atours qui s'écroulent, c'est du déjà vu). Les terrasses sont pleines et les robes sont légères sur les peaux caramélisées au sel de Guérande. L'air de rien, semblant que c'est pas exprès, ou parfois si, c'est un moment de délicieuse coquetterie féminine et ça nous pique les yeux. Merci aux fées de faire de nous des Abel Tiffauges envahis par ce "vertige féminin que le destin vous envoie pour vous faire succomber". Une légèreté souvent payée au prix fort d'un Paris-Toulon en dix-huit heures, mais ça valait la peine. Pour trouver le spot où sa peau dorera, l'exploratrice-chercheuse dort.

Je savoure ce répit dans la tectonique des hémi-stress de l'année. Regarder, respirer, lire, réfléchir, marcher, boire la bière que j'ai ramenée des vacances parce que c'est la meilleure du monde, courir, sourire en lisant ceux qui annoncent la fin de la crise (ne dites plus 'économiste', dites 'Houdini'), pleurer en pensant aux banques centrales, admirer la lucidité de Margerie. Cette quiétude éphémère est le petit espace privilégié avant de rentrer dans l'espace-temps du pas-le-temps. Lundi commencera la semaine du concours de celui qui débronze le plus vite, nous redeviendrons des clowns blancs.

samedi 17 août 2013

Privé de grosse caisse

La semaine dernière, en allant courir dans mon Parc de St. Cloud préféré, je me retrouve coincé devant la grille, comme une midinette devant un H&M avant les soldes. "Bas parc fermé pour travaux", dit l'écriteau. Bon sang, c'est la préparation du festival Rock en Seine, qui démarre le 23 août. Échafaudages, plateaux, semi-remorques, grues, rien ne manque à la pelle. La jolie plaine est défigurée en attendant d'être piétinée par des hordes de fans chevelus qui envahiront le parc, pour s'y trémousser quelques heures et transformer les bassins en vastes urinoirs où leurs vessies déverseront le houblon qui déborde de leurs uretères.

On avait déjà sacrifié la pelouse des stades pour y organiser des concerts géants. Il faut dire que ça se comprenait, car y voir 22 imbéciles courir à ne rien faire si ce n'est leurs lacets, ça devenait lassant. Alors on a généralisé les grand-messes formatées, rassemblées dans de grands colisées avec de grands écrans, de grands tarifs et de grands panneaux publicitaires, pour voir des musiciens tout petits. Tout de même, 140€ pour regarder un Playmobil courir dans un évier, psalmodier un copié/collé de son album, faire des rappels qui n'en sont pas, puis au bout de deux heures zéro zéro au compteur hop, babaille, ça me fait chier. Plus que le carré or, c'est le carré hors de prix.  Madonna, ça commence comme Madoff, non ? C'est quand Madonna off ?

Les exemples sont aussi nombreux que les spectateurs à un concert de Johnny. Un au hasard : sa Majesté Sting dont j'aime tant la musique - l'un des rares musiciens qui retravaille toujours ses morceaux pour la scène - et qui désormais se prend pour le roi, n'accordant son instrument que pour accorder du bout de la basse une audience à son audience. Il est loin le 23 décembre 1985 où j'avais été le voir à Bercy, mon premier concert, mémorable de spontanéité et de générosité, immortalisé sur un album. Ô déesse Telecaster, il n'y a plus beaucoup de Bruce Springsteen.

Comme les concerts en général, les festivals sont devenus de juteux relais de business. Les organisateurs rivalisent d'ego pour prendre l'ascendant médiatique sur le champ de patates d'en face. Faire venir telle star, la faire revenir, allez quoi, Amy tu déconnes, faire payer. De Bourges à La Rochelle en passant par Carhaix, les beuglants se déplacent au gré des vents boboïsants en même temps que leur nuage de THC. Vous me direz à raison que le cœur du festival se passe sur les scènes alternatives et qu'elles ont besoin d'une locomotive. C'est vrai jusqu'à la limite du modèle qui tient dans l'arrivée d'un train dans un virage à St. Jacques de Compostelle. Trop vite, trop plein, ça déraille. La nature ayant horreur du vide, il n'est plus une bourgade qui ne se targue d'avoir son festival, au choix, jazz pour unijambistes ou fanfare d'instruments en pierre (communément appelés instruments d'avant). Mais qui tient la grosse caisse ?

N'empêche, je suis vert, à cause de ces satanées vacances je ne pourrai pas aller voir Nine Inch Nails qui passe à Rock en Seine...

jeudi 1 août 2013

Sablé-sur-Seine

Aaaah, Paris au mois d'août ! Ça y est, c'est le jour J ! On peut enfin profiter de toutes ces choses dont on est privé le reste de l'année et qui nous manquent tellement : Paris piétiné, Paris goudronné, Paris silvouplééé...

Tous les vilains parisiens ont déserté le périph' pour le recréer 800 km au Sud non sans avoir fait ramper leur serpent grégaire sous Fourvière.  Les voici en train de faire la même queue qu'à Châtelet-les-Halles, mais à la plage, au restaurant ou au Géant Casino sur un littoral devenu pour deux mois le nouveau terminus du RER B. Qu'ils y restent, ce n'est pas moi qui irai prendre leur Défense ! Les vacances, c'est le droit de déplacer sa cohue. En attendant, Paris est à nous ! Enfin... Presque, car il faut la partager avec quelques phénomènes estivaux qui rendent l'expérience lutetiaoutienne absolument unique.

Une foule en remplaçant une autre, nous voilà envahis par celle des touristes multicolores qui viennent jusque dans nos bras, enguirlander la Tour Eiffel. Ils sont rafraîchissants et drôles, parce que pour eux, la ligne 1 du métro est une attraction. C'est leur Space Mountain local, ils sont morts de rire, et nous aussi, quand ils se cassent la gueule au démarrage et au freinage que l'automatisation a rendus si délicats. Ils sont nombreux, parfois bruyants, égarés, maladroits, mais fondamentalement et simplement, contents d'être là. Ils drainent avec eux la nuée de parasites qui leur gravitent autour pour leur faire les poches en chinois, en anglais ou en roumain, mais dans tous les cas en courant. Heureusement, nous pouvons les rassurer en déployant notre légendaire sens de l'accueil, et les taxis contribueront à ce devoir en leur faisant faire dix kilomètres de détours pour cinquante euros tout en invoquant les travaux qui empêchent de rouler.

Car ça sent le goudron jusque dans le cœur des clims et c'est le moment de briser une vieille légende urbaine... Non, ça ne roule pas mieux à Paris en août. Les axes sont fermés pour maintenance et les véhicules, finalement pas si moins nombreux que ça, se retrouvent coincés sur les déviations, condamnés par une simple loi de mécaniques pas fluides. Lorsqu'ils ne sont pas bloqués, la plupart des automobilistes appliquent le théorème de paresse : "on est en août, alors quand mes roues sont parallèles j'ai le droit d'être lent", et au final ceux qui bossent mettent toujours 45 minutes pour faire Porte Maillot - Porte d'Orléans.

Peu importe, il fait beau, il fait - très - chaud, on peut profiter de cette période pour passer de 36°C irrespirables à 13°C option grêle en 24 heures, c'est le côté Paris-Djakarta pour l'exotisme. Le soir venu, on pourra admirer la lune jaune au-dessus de l'Etoile grâce aux remontées des dioxydes de carbone et autres gaz réfrigérants de la journée. C'est une belle carte postale, en vente chez Airparif.

Comme tout est fermé, prenez vos dispositions, car pendant un mois, par un phénomène que le monde entier nous envie, la Terre va s'arrêter de tourner. Trouver un garage, un service, un organisme ouvert ? J'ai un doute d'août... N'oubliez jamais cette maxime : aux États-Unis vous êtes un client, en France vous êtes un emmerdeur. Alors s'il vous faut un pack d'eau, allez le remplir dans la Seine.

Vous n'aurez pas tout perdu car s'il y a un endroit ouvert, c'est Paris Plages... Je vous vois sourire, mais je me garderai bien de critiquer Paris Plages. D'abord, parce qu'il y a déjà plein de gens qui s'en chargent. Exagérer n'est pas s'acharner, je laisse cela aux journalistes, chacun son métier, et ne saurais tirer sur une ambulance surtout quand elle est prise dans le sable. Ensuite, n'en déplaise à ses tracteurs, Paris Plages apporte du bonheur aux gens. Je flâne et je vois les bronzeurs qui regardent les passants qui regardent les bronzeurs jusqu'à bronzeur du soir, les zivas qui matent les filles qui se montrent (des hakuna mateurs ?), les brumisateurs qui préviennent les bobos du soleil. Et quoi, vous en connaissez beaucoup, des endroits où l'on peut attraper un si joli bronzage à l'ozone ? C'est un must à l'heure où le teint marronnasse outrancier apparaît d'un vulgaire ! L'autre bout de la Terre, ça rime avec charter et ambre solaire, tandis que notre solarium immatriculé 75003, c'est quand même autre chose ! Alors, j'invite tous ceux qui seraient tentés de critiquer ce concept à aller regarder du côté de Palavas-les-Flots... Là-bas, pour reconnaître votre cul sur la plage, fourrez-y un piment et pour vous entraîner, enfilez votre maillot en gardant les pieds sur un ticket de métro. Plus à l'est, vous trouverez des plages privées d'intelligence, des pontons blingueurs, où quelques dégénérés s'arrosent à coups de magnums de champagne et paient leur matelas au prix du mètre carré... parisien ! Allez, j'y retourne, y'a un loustic qui veut piquer mon transat.

lundi 29 juillet 2013

Mercat' fair foot


"On est à la fin du XXème siècle et les hommes sont toujours à vendre. Voilà une pollution morale qui me paraît plus importante que de savoir s'il faut mettre du détergent dans l'Escaut ou dans la Meuse". (Jacques Brel, 1971).

Grand Jacques, j'ai une mauvaise nouvelle : ça ne s'est pas arrangé en passant l'an 2000. Le mercato est devenu la norme, qui n'étonne plus personne tant elle a pénétré chaque souffle d'un air que nous connaissons, irrespirable...

Cavani rentre en scène pour 64 millions d'euros au PSG, dont Beckham vient de partir après trois petits tours et des larmes de crocodile. Que n'a-t-il sollicité Lacoste ! En décembre, on assistera à la valse des pilotes de F1. Ça, c'est pour la partie la plus évidente (par 'évidente', j'entends la plus atteinte), le sport, déjà évoqué ici. Le sport, ou le rapport tapin/maquereau mis au service du spectaculaire... C'est vrai quoi, le foot avant c'était ringard, ça ressemblait à Intervilles. Maintenant, ça ressemble à Intermarché, à la nuance près que les mercenaires ont remplacé les mousquetaires...

Sinon quoi ? Anne-Sophie Lapix est assignée par Canal+ parce qu'elle a signé chez France 5. En 2007, Eric Besson, ex-secrétaire national en charge des questions économiques du PS, annonçait son ralliement au camp adverse, vous vous souvenez sûrement du tollé que cela provoqua. Télé, sport, œnologues, professeurs, politiques, etc. Vous en voulez encore ? En 20 ans, la bactérie mercenariat a dévasté toute notre flore mentale. Le monde s'est staracadémisé. J'aimerais lui faire une ordonnance, et une sévère...

Le hublot de la télé n'étant jamais que celui d'une machine à laver le cerveau, attention aux tâches quand ça déteint sur la vraie vie, au travail par exemple. C'est plus subtil, décoloré, mais il reste toujours quelques auréoles. On parle pudiquement d'"attirer les talents". Au fait, c'est quoi les talents ? Un bon petit soldat des RH vous expliquera avec des mots choisis qu'un talent c'est un autre bon petit soldat qui exécute ici ou ailleurs en attendant qu'on le vire le jour où "on" aura décidé qu'il coûte trop cher (de préférence à partir de 50 ans, mais chuuuuut, je vous ai rien dit). Exemple : Bob Denard avait beaucoup de talents. Dans le civil, de nombreuses entreprises ont développé le concept de marque employeur pour se rendre si vilement attractives. La marque employeur est à l'emploi ce que les travelos sont au bois de Boulogne : une vitrine dont tout le monde sait que c'est du toc mais tout le monde ralentit quand même en passant devant. C'est combien ? Disons qu'il a fallu à l'homme 2,5 millions d'années pour traverser l'âge de pierre et 8.000 ans pour arriver à l'âge de la pipe. Si c'est pas de l'évolution... Zut Zazie avait raison à tous égards.

Est-ce par mimétisme, est-ce par osmose, est-ce pour absorber sa propre matière, la matrice nous digère et nous régurgite mercenaires. Nous voilà plongés dans un monde où tout se consomme parce que tout est jetable. De quel cul de poule mercateuse est sorti cet œuf pourri ? A moins que ce ne soit l'inverse.  Un problème avec Orange ? Pas de problème, je pars chez SFR. Ma banque refuse de renégocier mon emprunt sans une propale d'un concurrent ? Pas de souci, j'en fais faire une et puis tiens, je pars chez le concurrent. Mon employeur m'emmerde ? Claquage de porte, je pars chez un autre. Oups, y'en a plus ! Mais on ferait comment, alors ?  Aller dans le club d'en face, ou l'écurie, ou la chaîne, je ne sais plus. Quant à devenir self-employed, c'est se transformer en moucheron face au pare-brise d'un marché pluvieux. Et gare au mercenaire-garou qui, non content de présenter The Voice, peut vous mordre les nuits de pleine thune. Vous seriez envoûtés par l'esprit footballeur à tendance diva. C'est bien connu, c'est quand le chat est repu qu'il trouve que le cul de la souris pue. Le contrat moral est en cendres, qu'il repose en paix aux Marquises pendant que je me consume quand je m'auto-consomme.

jeudi 18 juillet 2013

L'immonde du silence

En 1998, lors d'une mission aux Stazunis, je fus marqué par le comportement d'une collègue indigène. Nous croulions sous le travail, et elle ponctuait ses journées en laissant des messages à tous ses collègues locaux concernés par le projet. A l'époque, cette frénésie méthodique m'avait étonné et agacé, je ne voyais pas l'intérêt d'appeler tout le monde en permanence pour la moindre question. Une incubation de 15 ans plus tard, je réalise à quel point j'ai été contaminé. Je m'en suis rendu compte en recensant le nombre de messageries vocales avec lesquelles j'ai sympathisé au fil du temps.

A quoi ressemble notre âme téléphonique en 2013 ? Le premier standard, c'est que la chose que nous appelons désormais un smartphone sert de moins en moins à téléphoner. L'un de mes premiers posts concernait la transe débilo-hystérique dans laquelle nous plonge cette prothèse omnipotente. Visiblement je ne suis pas le seul à le penser. Mais comme je suis un garçon assez vocal, je vais aujourd'hui développer cette seule fréquence.

Tout d'abord, c'est un fait établi et documenté, les gens écoutent de moins en moins les messages qu'on leur laisse. Manque de temps, zapping, et voilà, on se borne à constater les appels manqués, la phrase amie molette consistant à dire "j'ai vu que tu m'avais appelé". Jacques le fataliste devait avoir un abonnement chez Orange... Fort de cet aquoibonisme, un principe s'est infiltré sournoisement dans nos vies : celui du "je te rappelle pas donc c'est non". Ainsi, plutôt que de boucler la boucle, d'accuser réception, de répondre quelle que soit la réponse, l'usage du code [default_value=silence] s'est généralisé dans notre logiciel de vie. Hey buddy, c'est ça le respect ? Ça t'écorcherait les doigts de m'envoyer un pauvre sms pour me dire que tu n'as pas oublié ? En plus tu es couvert, le sms s'est imposé comme le meilleur ami des mauvaises nouvelles. Drôle de dégénérescence qu'apporte le progrès. Derrière l'illusion de la communication se cache le paravent de la résignation, pour ne pas dire de la lâcheté. Lorsque je suis arrivé sur le marché du travail en 1993, c'était - déjà - la crise. Chaque CV envoyé recevait une réponse. Négative, certes, mais une réponse quand même. Idem avec les messages laissés sur ces répondeurs à bandes. Aujourd'hui il faut raisonner façon prise d'otage : si on n'a pas de nouvelles sous 24 heures, c'est que c'est mort.

La dimension culturelle de l'histoire est édifiante. Est-ce par excès de sollicitation ou par réflexe de petit roi, est-ce par paresse, mais en France, un supérieur social ne s'abaisse pas à rappeler un inférieur social. Ça m'a toujours stupéfié. Aux Stazunis, comme en Allemagne, en Italie ou en Afrique su Sud, on peut appeler n'importe quel cadre d'une organisation, jusqu'au plus haut niveau, il prend l'appel. Il faut faire vite et efficace, c'est normal, mais il vous écoute. Chez nous, le moindre sous-fifre ne s'abaisse pas à répondre dès lors que sa carte de visite comporte le mot "directeur", comme si le statut portait en lui l'évidence de l'injoignablitude. Vous avez raison les gars, continuez, vous avez vu où ça nous mène.

Enfin, la démultiplication des moyens révèle l'autisme de certaines personnes rétives à l'utilisation de leur téléphone. Par exemple, mon ami X. ne me répond jamais quand je l'appelle, c'est vous dire si je suis son ami. Avec l'explosion des (télé)communications, ces personnes sont davantage exposées qu'à l'époque où les téléphones gris étaient aussi répandus dans les foyers que les commentaires intelligents chez les journalistes sportifs. Par un enchaînement logique action-réaction, elles ont développé des anticorps et se rétractent dans leur coquille avant que le deuxième appel n'ait pu couper le poil qu'elles ont sur la langue. M'enfin ?

Je vous l'accorde comme ma guitare, on est tous excessivement aspirés par le vortex des contingences quotidiennes. Le trop tue tout, au galop, trop d'ânes tuent le trot. Trop d'impôt tue l'impôt, trop de pub tue la pub, trop de Fanfan tue la lipe. Et trop de communication tue la communication. La période actuelle illustre ce principe universel riche d'enseignements sur notre déshumanisation. La tranquillité est un luxe au point que l'on cherche à la créer soi-même, souvent de façon brutale ou disproportionnée. Pis, l'actualité nous y encourage car on est en droit de se dire que le seul moyen de ne pas être écouté, c'est de la boucler ! Alors de grâce, pour que j'écrive un prochain post, laissez-moi un message après le bip.

mercredi 10 juillet 2013

Sept milliards de diables

L'auteur d'un blog sérieux que je lis assidument a récemment écrit un post sur la "matrice" (tiens tiens !) qu'est Google. Cela fit tilter mon exagéromètre, et je ne pus contenir un commentaire. Il nous décrit comment ce monstre technologique qui se meut dans les nuages de l’internet stocke tous nos faits et gestes à l'insu de notre plein gré. Une vraie leçon de prismologie.

La lecture de l'actualité du mois écoulé a enfoncé le clou, c'est donc devenu un mois écloué. On en retiendra que si j'écris ici les mots Ben Laden, Google va immédiatement en référer aux moteurs algorithmiques de la NSA. Derrière son écran, l'analyste lambda va superviser les résultats de crawlers et autres parsers qui auront scanné ma vie entière, vérifié mes antécédents, contrôlé l'adresse du dentiste qui m'a arraché une dent de sagesse le mois dernier. Exactement comme dans les scènes archi-rebattues des films d'action américains. Selon qu'il aura mangé assez de sa glace Ben Laden & Jerry's ou pas, l'analyste sera dans l'humeur de remonter mon profil à son chef de section. Alors que se passe-t-il si dans le même texte j'écris que mon chat s'appelle Terror, que mon lave-linge est un Laden et que je mange des cacahuètes Ben & Nuts ? Vous avez compris le truc : c'est le point de fond soulevé par Edward Snowden dans son interview d’origine, le 6 juin 2013. Dans sa description du système Prism, Snowden établit qu’avec la masse de données collectées sur chaque individu, la NSA  - c'est le nom d'état civil du Grand Stratéguerre - est capable de briser le paradigme sacré qui veut que corrélation n’est pas causalité. Par le truchement de croisements d’informations plus ou moins orientés, n’importe qui peut ainsi être présenté comme un terroriste fomentant un projet malveillant. Nous voilà rendus à l'état de chair à Google, qui est à la NSA ce que Vichy fût à la gestapo : un fournisseur dévoué.

Cet état de fait, en soi, est déjà... Terrorisant. On réalise qu'Orwell est bon pour la bibliothèque rose, que Minority Report est déjà parmi nous tant le côté obscur de la force du big data dépasse sa fiction. On prend la mesure prophétique de la phrase de Beaumarchais sur la calomnie. Pis, il y a un deuxième effet Kiss Cool. Il prend la forme d'une femme pimpante, la cinquantaine brushée et les idées tellement moyenâgeuses qu'elle fait passer l'inquisition pour une association de quartier. Sarah Palin, c'est le niveau de connerie de W. Bush dans le corps de Barbie. Du coup, c'est la seule Barbie qu'on a envie d'appeler Klaus. La doctrine idéologique des illuminés de type palinesque consiste à invoquer dieu et/ou le diable pour tout et n'importe quoi dès que quelqu'un n'est pas d'accord avec eux. Un exemple de palinisme ici. J'aime les fraises, tu ne les aimes pas, tu es possédé. J'ai perdu deux tours de suite, t'as une barbe et du pétrole, tu es sur l'axe du mal. Etc., etc. Et là, vous réalisez sûrement comme moi à quel point Palin rime avec Staline. Et syllogisme rime avec Prism. Belles inventions que voilà, mais qu'en faire ? Sorcières, blouses blanches, même combat ! C'est pour l'avoir révélé que le jeune Edward S., vêtu d'un polo, attend son passeport au point Accueil de... nulle part.

La seule vérité au demeurant, c'est que le diable est très malin, il squatte dans les zones marécageuses de chaque esprit humain. Il croise une joggeuse et il en fait une brochette, il massacre à coups de bistouri, il frelate le beurre, il défigure la planète pour alimenter les Starbucks Coffees qui la recouvrent. Satan nous habite comme l'air que l'on respire, c'est une forme de diabolie pulmonaire. Dès lors il tend la perche aux fous de dieu qui n'ont plus qu'à saisir la vilainie au bond. Chère Sarah, il faut que je vous dise quelque chose, asseyez-vous... Satan n'est pas un type louche avec des pieds crochus, qui ne vit que pour nuire aux Etats-Unis d'Amérique (tiens c'est drôle, de l'autre côté du monde c'est eux que l'on appelle le Grand Satan). Alors arrêtez de persécuter ce pauvre Belzébuth, il n'y est pour rien. Il est beaucoup plus émissaire que bouc. Il est au chômage technique depuis longtemps. A vrai dire, il n'a jamais vraiment existé. Ou alors il a lu Baudelaire et il a réussi à nous convaincre qu'il n'existait pas. S'il l'a lu il va s'y faire, allez savoir... Ou alors, achetez-vous un miroir. 

Money, ideology, sex, ego sont les quatre mamelles que tète le diable enfoui dans les recoins de notre cerveau. Notre malheur vient de ce que nous avons fabriqué un gigantesque tire-lait. Quand on clusterise 7 milliards de côtés obscurs, c'est moche. Parfois ça va même jusqu'à ressembler à un hedge fund. Imaginez un hedge fund qui investit 7 milliards de diables...