Bienvenue sur Alexagère

Opinions tranchées, points de vue partiaux, caricatures iconoclastes, analyses simplistes, expressions à l'emporte-pièce, conclusions hâtives...
Des avis sur tout mais surtout des avis. Taquin mais pas moqueur, écorché mais pas donneur de leçon, provocateur... De rires je l'espère.
Retrouvez-moi sur Facebook
Affichage des articles dont le libellé est mental. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mental. Afficher tous les articles

samedi 22 juin 2013

La compagnie de la mouette bleue

La mémoire est un phénomène extraordinaire. On parle souvent de ses trous, moins de ses détours. Or parfois elle nous en joue, des tours. Comme pour faire de nous d'improbables Sisyphe eidétiques, elle décide de nous accrocher un boulet que nous pousserons sur nos montagnes de souvenirs. Le cariste de notre cerveau-IKEA nous en ramène quelques-uns en kits, avec la dévotion du labrador convaincu que nous voulons passer le reste de notre vie à relancer ces putains de bouts de bois. Comme une écharde dans le synapse, chacun fait l'effet d'un aliment coincé entre deux dents. On fait mine de s'habituer, ça devient un tic, on passe la langue pour tenter de le déloger, tantôt par surprise, tantôt en force. Sauf que les souvenirs partiels, ça ne se traite pas avec du fil dentaire.

C'est le genre de sujet que vous ne pouvez partager avec personne. On doit être tout au plus deux dans le monde à s'interroger sur ce lambeau d'image, de musique, de texture ou d'odeur, autant dire l'inintérêt qu'elle a dans une discussion en société. C'est à peu près aussi captivant que de parler de son nin-nin. Si toutefois vous l'évoquez, vous risquez de passer pour le Gilbert Sellman de service lorsqu'il clame "ça tombe bien, mon frère est gendarme !". Vous voilà prévenus. Assurez donc vos arrières et avouez plutôt que vous regardez Secret Story, il y aura toujours quelqu'un qui trouvera ça amusant.

Vous êtes donc seul(e) ou presque. Dans un moment de mansuétude, Mnémosyne eut pitié de vous et introduit un ami dans votre cellule neuronale. Google fait ce qu'il peut, mais depuis tant de temps la question est trop large, elle renvoie trop de résultats. Générique de série télévisée, années 1970, Visiteurs du mercredi... Non, ce n'était ni Les Robinsons suisses ni Skippy le grand gourou. Trop évident tout ça. Parmi les rares indices il y avait bien ce mot étrange, "tokismo", capté dans un flot de paroles. La clé de l'énigme, peut-être ? Qu'est-ce que ça pouvait vouloir dire ? Inconnu au bataillon des mots-clés. Ce n'était pas du français, c'est certain. De l'anglais ? A 6 ans, je n'en savais rien. J'avalais les syllabes phonétiquement, comme celles de Travolta dans Grease : "Agatiou, zébo ze blayeur..." version auto-interprétée de "I got chills, they're multiplying..." (au passage il est intéressant de noter comment la ligne de basse de ce morceau a inspiré celle du générique des Bronzés font du ski, dont peu de gens savent qu'elle fût composée par Pierre Bachelet, je tiens à cette parenthèse hautement culturelle et parfaitement hors-sujet). Ça fait léger pour identifier une séquence.

Avec comme dernier recours un bout de mélodie en tête, c'est un échantillon, pas une requête. J'avoue, j'ai même fredonné l'extrait dans SoundHound. Réponse de l'application : "Alex, on peut se parler franchement... Tu vois, si tu voulais passer le casting de The Voice, comment dire... Tu sais, c'est bien comme métier aussi, consultant...". Las ! Que n'ai-je introduit un éditeur SQL dans ma cervelle !

Il restait les forums, drôles de manèges qui tournent en rond. Vous êtes suspendu au souvenir d'un autre, comme sur un trapèze. Et puis un jour, un esprit béni poste un commentaire fourni, contenant la liste exhaustive de toutes les séries pour la jeunesse diffusées dans les années 1970. Quelques clics, croisement d'informations... Allelujah !! Voilà, vous y êtes, c'est le générique d'une série yougoslave - à l'époque, l'ex-Yougoslavie n'existait pas encore - une bande de mômes sur un caïque, non ce n'était pas le radeau de la méduse ce bateau, et encore moins l'école en voilier. Cette mélodie, ce chant qui sonne patriotique, le mot-clé... And the winner is : La compagnie de la mouette bleue ! Enchanté, moi c'est Alex. Franchement, ça vous dit quelque chose ? Peu importe, à cet instant un grand soulagement m'envahit, à la fois profond et absurde. Après 35 ans de poil à gratter mental, je rends à ces arts ce qui appartient à la tierce mémoire, ce soir je dormirai du sommeil lourd de celui qui a l'esprit léger.

PS : par une authentique ironie du sort, une mauvaise manipulation m'a fait effacer ce texte au moment de le mettre en ligne. Je l'ai réécrit intégralement de mémoire, mais vous n'êtes pas obligés de me croire ! :o)

dimanche 16 juin 2013

Cinquante nuances de prix

Vous avez remarqué ? Ils sont là, tout autour de nous, omniprésents. En quelques années ils ont proliféré, infiltré les étages, les murs, les ascenseurs, les téléphones, les bureaux, les messageries. Patiemment, méthodiquement, sans faire de bruit. Jusqu'au jour où un mail annonce de nouvelles procédures qui les rendent incontournables. Après avoir vécu dans l'ombre, ils se déploient au grand jour. Mais de l'ombre ils ont gardé le goût de l'obscur.

Ils affichent l'arrogance de ceux qui ont pris le pouvoir, pas par putsch et encore moins par talent, mais parce qu'un système crépusculaire leur a abandonné le cockpit et leur a donné toute licence pour faire baisser. Faire baisser tout court, oui, car ce sont les deux seuls mots qu'ils connaissent. Avec la caution de quelque consultant boozeux qui leur a vendu une fortune les trois slides où il a écrit cette conclusion : faire baisser. Pour noyer le poisson et justifier ses honoraires, le consultant avait pris le soin de travestir son assertion en stratégie avec le verbe "rationaliser" qui, quand on y pense, ne veut rien dire de concret.

Ce qui est concret, c'est leur opportunisme sexué, ils vont donc tout faire pour vous baisser. Vous baisser, vous baisser encore, vous baisser jusqu'à la moelle, jusqu'à vous rabaisser complètement. Ces sont les DSK de la baisse. Pour eux vous n'êtes qu'une histoire de coûts. Ils atteindront l'orgasme quand vous serez à genou. Leur fantasme est de n'avoir qu'un seul partenaire. Un partenaire unique qu'ils niquent à coups de pratiques iniques. Un partenaire qui a le rôle du ringard puisque lui, il assume son travail. Un partenaire corvéable à merci, dans le contrôle de gestion duquel il pourront s'ingérer à outrance, et décider combien d'argent celui-ci a le droit de gagner, ou de perdre. Un partenaire, vraiment ? Non, un tamagotchi.

Pour survivre dans cet univers parallèle, révisez votre géométrie. Ils ont un mental de chef de rayon, gèrent des périmètres qu'ils découpent en segments. Et tant pis pour Thalès si leurs lignes de conduite sont loin d'être droites. La quadrature du cercle, c'est d'être dans le leur. Ils distribuent les cartes et les rebattent au gré du vent qui est leur langage. Ils vous convaincront que vous pouvez vivre d'amour et d'eau fraîche, à condition de commencer par la douche froide. Ils vous apprendront l'indifférence, la condescendance et le mépris. Ils vous montreront comment on revient sur un engagement pris, comment on n'a pas dit Jacques-a-dit. Ils élèvent des carottes par centaines, sans que cela ne les rende aimables. Ils élèvent la voix surtout, si on questionne. Je te référencerai si je veux, quand je veux, gentille alouette, regarde le miroir où je te plume. C'est un miroir sans tain d'où je t'observe, un miroir noir comme la black-list que j'agite façon épouvantail.

Ils fignolent leur besogne sans se préoccuper du long-terme. C'est normal, la structure de leur rémunération ne prend en compte que les gains immédiats. C'est très sain comme système. Ça les rend aveugles et sourds quant à une quelconque réalité des impératifs business. Ils réagissent face à un commercial comme vous et moi face à un cafard. Les voilà envahis par un sentiment de dégoût mêlé d'omnipotence qui les pousse à l'écraser malgré le caractère inoffensif de l'individu (inoffensif ne voulant pas dire intelligent). En un mot : ils exécutent.

Avant, on pouvait discuter. Mais ça c'était avant. Comme de mauvais acteurs dans ce théâtre du boulevard des réductions de coûts, ils répètent leurs dialogues éculés à longueur de journées, prisonniers qu'ils sont de leurs postures, et finissent par se confondre avec leur personnage. En Amérique, en Allemagne, leur rôle est de fertiliser un écosystème utile à l'entreprise, de vous aider à identifier des besoins auxquels vous pourriez répondre, de vous faire connaître. Au pays du Roi-Soleil, ils vous invitent, s'ils veulent, à assister à leur séance de chaise à trou au-dessus de vos propales.

Les acheteurs ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît.